Tristan Corbière : un manuscrit inédit

Roscoff

Roscoff est un œuvre inédite du poète Tristan Corbière (Morlaix, 1845-Morlaix, 1875), retrouvée après de longues recherches par Benoît Houzé, spécialiste du poète. Cet objet, que l’on pensait perdu depuis 1931, est un album de poèmes et de peintures créé par Corbière à la fin des années 1860, alors qu’il vivait à Roscoff.

Corbière a cherché dans cette œuvre une nouvelle manière de peindre et d’écrire la Bretagne. Il nous emmène, comme par cabotage, sur les côtes du Finistère (l’île Callot, Morlaix, Roscoff, l’île de Batz, Kerlouan, Plouguerneau, Ouessant, Le Conquet, Brest…), à la rencontre d’habitants tantôt réels et peints avec une précision quasi ethnographique, tantôt imaginaires, hallucinés ou mythifiés (tel ce faune antique déguisé en mendiant joueur de guimbarde), parfois aussi tout droit sortis des écrits du père de Corbière, le romancier maritime Édouard Corbière. Le poète se reconnaît dans le petit peuple breton, les marins et les mendiants. Il s'inspire, pour créer son album, de publications bretonnes comme La Galerie armoricaine ou L'Album du Finistère.
Roscoff est un document majeur parmi les manuscrits du XIXe siècle, et dans la modernité poétique en général. Les pratiques de la déchirure, du collage, de la caricature et de la parodie donnent une force étonnamment moderne à l’ensemble, relayée sur le plan des formes poétiques par la présence d’un poème en prose, d’un poème (presque) sans ponctuation et d’une versification tendant parfois vers le vers libre – autant d’innovations formelles par lesquelles Corbière se révèle nettement en avance sur ses contemporains. La place donnée à la peinture dans cet album, dont une dizaine de pages sont uniquement picturales, et une autre dizaine montrent un dialogue remarquablement élaboré entre texte et peinture, rend également manifeste l’originalité de la recherche artistique de Tristan parmi les poètes de sa génération.

Cet album a enfin une histoire remarquable. Offert par Corbière à son ami romancier Louis Noir, il a, après quelques errances, été acquis en 1938 par Jean Moulin, qui projetait d’écrire une biographie du poète (il avait précédemment illustré huit de ses poèmes sous le pseudonyme de Romanin).

Les éditions Françoise Livinec publient cet été un fac-similé fidèle de ce manuscrit exceptionnel, accompagné de textes ancrant cette œuvre dans l'histoire de l'art et de la littérature.
Un même coffret réunira le fac-similé, qui conserve toute la force créatrice de l’album, et les textes de trois spécialistes : Benoît Houzé, qui a découvert l’album, André Cariou, ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Quimper, et Jean-Luc Steinmetz, essayiste et poète.

Parution en juillet 2013