« Mots et matières »: Alain Le Ninèze, Michel Pastoureau et Alain Rey

« Mots et matières »: Alain Le Ninèze, Michel Pastoureau et Alain Rey

04.08.2018

« Mots et matières »

Rome, mai 1510. Depuis deux ans, Michel-Ange peint les fresques du plafond de la chapelle Sixtine. Dans le même temps, Raphaël décore les appartements pontificaux au Vatican tandis que l’architecte Bramante rebâtit la basilique Saint-Pierre. Jalousies et rivalités opposent ces créateurs de génie qui travaillent sous la férule du “pape soldat”, Jules II : autoritaire, irascible et belliqueux, celui-ci n’en est pas moins l’amateur d’art éclairé qui a su choisir les plus grands artistes de son temps pour décorer le Vatican. Le jeune Livio, son secrétaire particulier, devient l’enjeu d’un conflit passionnel entre ces hommes. Ami de Michel-Ange, Livio vient presque chaque soir lui lire un manuscrit latin qu’il a découvert dans les ruines du temple de la Sibylle à Tivoli. Dans ce texte, un certain Sphaerus raconte la mission que lui a confiée l’empereur Auguste – retrouver un oracle perdu des Livres sibyllins –, mission qui le conduit à rendre visite aux plus célèbres Sibylles du monde antique, d’abord en Italie et en Grèce, ensuite en Libye, en Syrie et en Turquie.
L’oracle en question a réellement existé, même si l’on ne peut plus aujourd’hui, comme on l’a fait pendant des siècles, en attribuer l’origine aux Sibylles. On le découvrira au fil de la lecture du roman, comme Michel-Ange le découvre en écoutant le récit de Livio. Et l’on comprendra alors ce qui a incité l’artiste à figurer ces prophétesses de l’Antiquité païenne sur la voûte et les murs de la chapelle pontificale.

 

Alain Le Ninèze est l'auteur d'essais ou de fables philosophiques (La Sagesse, Autrement, 2000 ; La petite maîtresse d’école, Le Seuil, 2006) et, depuis 2008, de romans historiques parus chez Actes Sud : Sator, 2008 ; La Controverse de Bethléem, 2009 ; Agla, 2012. Passionné par la peinture italienne de la Renaissance, il a également publié un roman sur Michel-Ange à l’époque où il décore la Sixtine (Libica, Actes Sud, 2014) et prépare un ouvrage sur l’histoire de la Joconde à travers les siècles (Dans les yeux de Mona Lisa, à paraître aux Ateliers Henry Dougier en mars 2019).


Dans son ouvrage Les Couleurs de nos souvenirs, Michel Pastoureau s'était intéressé à l'histoire des rapports entre couleurs et société sur plus d'un demi-siècle (1950-2010). Poursuivant ses enquêtes, il les fait porter sur une période plus courte et propose aujourd'hui un regard et une réflexion sur les pratiques de la couleur de notre temps. Fait de notes prises sur le vif, d'expériences personnelles, de propos débridés, de digressions savantes ou de récits pleins d'humour, ce Journal chromatique des cinq dernières années nous conduit sur les terrains les plus divers : le vocabulaire et les faits de langue, la vie quotidienne et le spectacle de la rue, le vêtement et les phénomènes de mode, l'art et la littérature, le cinéma, les musées, la publicité, le monde politique, les jardins publics, les chambres d'hôtel et les terrains de sport.
Tour à tour descriptif et narratif, ludique et poétique, ce Journal souligne combien la couleur, omniprésente dans nos sociétés contemporaines où sa fonction première est de signaler, de classer et de hiérarchiser, reste heureusement une source de plaisir et un lieu pour rêver.

Michel Pastoureau, Une couleur ne vient jamais seule, Journal chromatique - 2012-2016, Le Seuil, 2018

Michel Pastoureau est professeur à la Sorbonne et à l'école pratique des Hautes Etudes où il est titulaire de la chaire d'Histoire de la symbolique occidentale.
Historien de la symbolique occidentale mondialement connu pour ses travaux sur l'histoire des couleurs en Occident, il a également publié une dizaine d'ouvrages sur les significations de l'héraldique, sur les blasons et les armoiries, notamment, au Seuil, L'Étoffe du diable (1991), Une histoire symbolique du Moyen-Âge occidental (2004) et L'Ours. Histoire d'un roi déchu (2007). Son autobiographie Les Couleurs de nos souvenirs a reçu le prix Médicis Essai en 2010.


Passionnés par cette expérience qui les a emmenés beaucoup plus loin qu'ils n'auraient pu le soupçonner, Alain Rey et Fabienne Verdier ont décidé de partir à la découverte des sources mêmes de leur inspiration, au croisement de la lexicographie et de la peinture. À deux voix, ils dessinent dans cet ouvrage inédit les contours sensibles du monde tel qu'ils le perçoivent : une « polyphonie » littéraire et artistique structurée en cinq grands ensembles ? les relations analogiques, les forces du monde, la musique, le chant de la terre et le cosmos. Le texte fondateur et magistral d'Alain Rey entre en écho non seulement avec les tableaux du projet que l'on redécouvre à travers des détails spectaculaires, mais aussi avec des photographies de Fabienne Verdier à l'oeuvre dans son atelier. Et, comme fil d'Ariane pour se guider dans ce « labyrinthe de la pensée, des formes et des mots » (Alain Rey), les Carnets d'atelier de l'artiste tracent des cartographies imaginaires où les oeuvres d'art et les formes de la nature livrent des analogies inattendues.

Alain Rey, Polyphonies, Albin Michel, 2017

Lexicographe, maître d'oeuvre du Robert, Alain Rey est spécialiste de linguistique et rédacteur en chef des publications des éditions Le Robert. Il a notamment été chroniqueur à la radio (France Inter) et à la télévision. Il a collaboré avec le calligraphe Lassaäd Metoui pour trois ouvrages, avec la peintre Fabienne Verdier pour l'édition du cinquantenaire du Petit Robert et pour le livre Polyphonies (Albin Michel).

Chaque rencontre commence à 15h.