Biographie


Maurice Estève (1904 - 2001).

« Tout a déjà été inventé, le Fauvisme, le Cubisme, le Surréalisme, l'Abstraction. Les grands anciens règnent en maîtres et, sans le vouloir, ont verrouillé la porte à double tour. Respectés, cotés, adulés, on ne voit qu'eux. Picasso, Braque, Kandinsky, Vlaminck, Derain, Van Dongen, Bonnard, Léger... Que reste-t-il ? Tous ont naturellement regardé du côté du Surréalisme, du Cubisme, mais à quoi servirait de faire du Cubisme aujourd'hui, alors même que les créateurs s'en sont éloignés ? Maurice Estève est conscient des difficultés à oeuvrer dans d'autres directions, mais il se sent irrémédiablement attiré par la peinture, elle dirige ses jours et ses nuits. Pour trouver sa voie, il lui faudra se détacher des mouvements et rejeter en quelque sorte les peintres qu'il admire le plus. Il sait qu'il faut couper les ponts, faire sauter les garde-fous, les béquilles et la douce sécurité des modèles, sans même la tolérance d'un regard en arrière. Sa destinée est à ce prix, dans ce danger, dans la fréquentation de son moi le plus intime et le plus secret. Jouer son rôle au sein d'une civilisation en pleine genèse, encore informulable, mais où il en est convaincu, il trouvera son être. Ceci s'impose tel un besoin impérieux, un besoin de rejeter le monde visible, sans pour autant le détruire. Contrepartie à l'accessibilité à un univers inconnu, pressenti, qu'il dissimule derrière ses propres apparences pour entrer en contact plus intimement, plus organiquement avec une réalité plus externe, et pourtant interne. Plongée au coeur même des choses, et pour ainsi dire jusqu'à leur plasma, afin de s'y faire charrier par les courants les plus profonds et les plus insoupçonnés.

Jeu libre des formes, primauté de la chose créée et dont il nous revient de constater l'émergence absolue et l'absolu commencement en dehors de toute glose, de toute explication. Rien de figuratif ou de figuré, rien d'abstrait non plus, puisque l'émotion vient du réel, de ce que l'oeil de Maurice Estève capte, de ce qui est, mais dont l'enveloppe cache l'essentiel. La toile doit s'imposer, presque brutale, totale devant notre regard, et totalement efficiente. À nous d'en soutenir l'éclat. D'en accepter le défi. De laisser pénétrer en nous cette voix de silence. Conscient que le genre humain ne peut supporter trop de réalité, Maurice Estève a fait de la surface de la toile une rencontre avec son public. Il est tout entier dans son oeuvre avec sa force et sa pudeur et aussi son incontournable besoin de livrer, en toute franchise, ses secrets. Le tableau n'est autre qu'une somme de relations dialectiques entre sensations pures de l'esprit et signes conventionnels.

Les 20 oeuvres exposées ici, créées par Maurice Estève entre 1929 et 1938 ne sont pas seulement oeuvres historiques. Elles sont plus simplement des peintures «adultes» qui bénéficièrent de la liberté, de l'invention et du risque que seul permet le temps éphémère de la jeunesse. La maturité apportera d'autres qualités, d'autres réflexions, d'autres enchantements, mais jamais ne reviendra le temps de la spontanéité. Géricault, Seurat, Bazille, Bizet dans le domaine de la composition musicale, Rimbaud dans celui de la poésie affirment que la beauté n'a pas d'âge. Le temps n'a pouvoir en ceci, étant établi que seul l'homme lucide peut créer. En 1930, Maurice Estève aura été un prince au pays de la lumière. »

Philippe Le Burgue, « Maurice Estève : peintre de l'intemporel » dans Estève, les années 1930, Éditions Françoise Livinec, 2011.


Sélection d'expositions


Collections Publiques

Aix-en-Provence, Musée Granet
Bourges, Musée Estève
Châteauroux, Musée Bertrand
Colmar, Musée d’Unterlinden
Dunkerque, Musée des Beaux-arts
Grenoble, Musée des beaux-arts
Le Havre, Musée des Beaux-arts
Lille, Musée des Beaux-arts
Marseille, Musée Cantini
Metz, Musée d’art et d’histoire
Paris, MNAM, Centre Georges Pompidou
Paris MAM de la ville de Paris
Saint Cyprien, Fondation François et Souza Desnoyer
Saint-Rémy-de-Provence, Musée Estrine
Saarlan-Museum, Sarrenruck
Tate gallery, Londres
Art Gallery of new South Wales, Sydney
Musée des Beaux-arts de Liège
National Gallery, Ottawa
Statens Museums for Kunst, Copenhague
Musée d’art et d’histoire, Luxembourg
Fondation Sonia Henie-Niels Onstad, Hovikodden
Göteborg kunstmuseum
Andrew Dickson White Museum of Art, New-York
Musée d’art de l’université, Boston