« Chanter les mois noirs »: Philippe Le Guillou et Denez Prigent

« Chanter les mois noirs »: Philippe Le Guillou et Denez Prigent

11.08.2018

« Chanter les mois noirs »

Rendez-vous avec deux Bretagne : celle des Trente Glorieuses, du service de l’Etat, du remembrement et celle du monde agricole, de la tradition et de la langue bretonne. Deux histoires incarnées par deux artistes, Philippe Le Guillou, écrivain, et Denez Prigent, auteur-compositeur-interprète. Ils déploieront leur univers et exprimeront leur admiration croisée et partagée. 

Et la mort est arrivée en plein coeur de novembre, avec la tempête, les bourrasques qui dépouillaient les arbres, avec surtout la sauvagerie qui ensanglantait Paris. Dans sa descente vers le trépas, mon père n'aura pas pu mesurer cette barbarie, le déferlement de la violence guerrière qui, au moment où son existence s'achevait, lui aurait rappelé les heures noires de son enfance, les rafles, les assassinats aveugles de supposés résistants, la pluie de bombes, la destruction de Brest.
Comme tous les vieillards qui ont eu une vie paisible, il regardait ces temps avec inquiétude. Il devait songer surtout à ses petits-enfants qui auraient à affronter cette incertitude et cette violence. L'époque de la reconstruction, des Trente Glorieuses, d'une certaine forme de béatitude matérielle, du bonheur étale et généralisé était derrière nous. Une autre guerre commençait, sournoise, imprévisible, sans forces identifiées et repérables.
La mort de mon père en plein mois noir, à la ligne de fracture de ce novembre historique qui dépasse largement cet événement douloureux et intime, correspond avec cette plongée dans des temps et un monde de haute incertitude. Le 13 et le 17 novembre 2015 m'ont touché comme peu de dates et d'événements auparavant. Je me sens à jamais orphelin d'une stabilité, d'une espérance définitivement perdues.

Philippe Le Guillou, Novembre, Gallimard, 2017

Philippe Le Guillou est en Bretagne, au Faou. Agrégé de lettres modernes, il a enseigné au Lycée Chateaubriand à Rennes, avant d'être promu inspecteur régional de lettres de l'Académie de Versailles puis, depuis 2002, Inspecteur Général.
Auteur d'une trentaine d'ouvrages, romans et essais, il reçoit le prix Méditerranée pour La Rumeur du soleil (Gallimard) ou encore en 1997, le Prix Médicis, pour Les sept noms du peintre (Gallimard).

 

Initié à la langue bretonne par sa grand-mère, Denez Prigentse lance en 1980 dans le kan ha diskan, une technique de chant a cappella traditionnelle de la culture celtique. Il est rapidement surpris par l'accueil d'un public non initié à son répertoire. S'ensuit une participation à des festivals prestigieux, et l'envie de mener plus loin son approche artistique ; il est entre autres séduit par les musiques électroniques, dont il trouve les rythmes proches des musiques celtiques. Il a enregistré une dizaine d'albums, participé à de nombreuses bandes originales de films internationaux et a collaboré avec des artistes internationaux.


Chaque rencontre commence à 15h.

pour réserver : contact@ecoledesfilles.org ou 02 98 99 75 41