5èmes Rencontres Victor Segalen

5èmes Rencontres Victor Segalen

27.05.2017

Été des 13 Dimanches

Ailleurs et ici

Samedi 27 mai
« Ailleurs et ici »


15h/ Vincent Moriniaux : Le blanc des cartes
 
Dans Equipée, Victor Segalen, confie à la fois son attirance et sa méfiance vis-à-vis des cartes : « Enfin, toute question et toute incertitude sont portées à l'extrême lorsque, délaissant les parties dessinées de cette carte, — honnête et sincère puisqu'elle avoue ses ignorances, — on s'aventure dans ses zones laissées en blanc. Là, ni fleuves, ni routes, ni plaines, ni montagnes. C'est là pourtant où l'expérience du réel traversera son domaine de choix. » Ces zones laissées en blanc… seront un prétexte à réfléchir sur la place et à la signification des cartes dans nos vies. Victor Segalen, en explorateur, parle évidemment du blanc de ces espaces encore mal connus au début du XXe siècle. Y a-t-il encore des blancs, de l’inconnu, sur nos cartes au début du XXIe siècle ? A l’époque de Segalen, le blanc, c’est aussi le colon, si critiqué par l’ethnographe épris d’un vrai exotisme. Que reste-t-il sur les cartes de la domination coloniale de l’ « homme blanc » ? Mais le blanc des cartes, c’est aussi ce que la carte ne dit pas, voire cache. La carte est-elle la réalité ? est-elle objective ? Toute carte est-elle, comme le dit Segalen, « honnête et sincère puisqu'elle avoue ses ignorances » ?  Le blanc des cartes, ce sont aussi ces espaces contestés où la ligne de frontière devient no man’s land, blanc qui peut devenir rouge sang ou vert tendre…  

 

Vincent Moriniaux est maître de conférences de géographie à l’université Paris-Sorbonne. Ses enseignements sont très variés, de la cartographie théorique à la géographie culturelle de l’alimentation. Depuis 2009, il propose, chaque année, un cycle de cours ouverts à la Sorbonne sur de nombreux thèmes  : Les questions géographiques qui font débat (2014), Balades gourmandes à travers les terroirs de France (2015), Belles histoires de cartes (2016). Sa spécialité de recherche est la géographie de l’alimentation, et plus particulièrement les liens entre religion et alimentation.
En 2007, il publie, chez Flammarion,
La géographie est un jeu, Parcourir l'Hexagone en 100 jeux et questions.


16h/ Cédric Gras : L'exotisme polaire

 

Durant trois mois, Cédric Gras a participé à la 61ème expédition antarctique russe en Antarctique. Il raconte l'épopée soviétique au pôle Sud, le quotidien sur le brise-glace Akademik Fedorov et son expérience dans les bases Mirny et Progress.

 

Grand voyageur, Cédric Gras a sillonné l'espace ex-soviétique auquel il a consacré sa littérature. Ses itinéraires l'ont aussi conduit des Andes à l'Himalaya ou du Groenland jusqu'en Antarctique. Russophone, il a par ailleurs travaillé pour le Ministère des affaires étrangères, créant les Alliances françaises de Vladivostok et de Donestk. En 2016, il participe à la 61ème expédition russe en Antarctique.
Il a notamment publié
Vladivostok : neiges et moussons, Le cœur et les confins, chez Phébus, et dernièrement chez Paulsen, La Mer des Cosmonautes. Publié aux éditions Stock, L'hiver aux trousses a reçu le prix Alphonse de Montherot 2015 de la Société de Géographie



17h/ Kenneth White : Seuils et frontières.

Une introduction à la géopoétique en partant de l’œuvre de Victor Segalen

En somme, la conférence de Kenneth White répondra à la question posée par Segalen dans son dernier grand poème, Thibet : « Où est le sol, où est le site, où le lieu ? Où est le pays promis à l’homme ? »
Dans un préambule, Kenneth White présentera la région du Huelgoat en termes géographiques, physiques et humains, et évoquera son rapport, de longue date, avec l’œuvre de Victor Segalen.
Ensuite, il définira les termes-clés de sa conférence (seuils, frontières), en parlant de seuils critiques de civilisation et de culture, et de zones de transition, avec, dans l’arrière-fond, l’idée que nous nous trouvons aujourd'hui à un tel seuil critique.
Ces précisions données, afin d’expliquer pourquoi et comment nous sommes arrivés à un tel seuil critique, il fera une lecture de ce qu’il appelle « l’autoroute de la civilisation occidentale », en passant par plusieurs seuils historiques, intellectuels et culturels : le Seuil de Platon (métaphysique classique), le Seuil Saint-Paul (christianisme), le Seuil Mirandole (humanisme), le Seuil Descartes (modernisme) et le Seuil des Catastrophes, en indiquant à chaque étape des pistes possibles vers autre chose.
Dans le vocabulaire de l’auteur, ce sont des « nomades intellectuels » qui ont commencé à entrevoir la possibilité de cette « autre chose ». Il évoquera les itinéraires de quelques-uns d’entre-eux : Nietzsche, Rimbaud et Segalen. C’est après des années de nomadisme intellectuel que Kenneth White a ouvert le champ de la géopoétique, dont, pour terminer, il fera une approche scientifique, philosophique et littéraire.


Grand praticien et théoricien du nomadisme intellectuel, Kenneth White a occupé la chaire de Poétique du xxe siècle à la Sorbonne, de 1983 à 1996, et a fondé en 1989 l’Institut international de géopoétique.
Il est l’auteur d’une œuvre importante comprenant essais, prose narrative et poésie, qui a reçu de nombreux prix, entre autres le prix Médicis étranger pour
La Route bleue, le grand prix du Rayonnement français de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, et le prix Édouard Glissant pour son ouverture aux cultures du monde.
Parmi ses récentes parutions, aux éditions Albin Michel,
La Carte de Guido, un pèlerinage européen, aux éditions Wildproject, Le Gang du Kosmos, poétique et politique en Amérique, ou encore, aux éditions Le mot et le reste  Au large de l’Histoire, éléments d’un espace-temps à venir.