Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer

Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer

08.07.2018

Été des 13 Dimanches

« Jean-Luc Godard / Claude Levi-Strauss »

Le 7 mars 1987, les Césars du cinéma français couronnent Jean-Luc Godard d'un « César d'honneur ». Jean-Pierre Elkabach accueille le cinéaste sur le plateau et fait parler « l'éternel marginal du cinéma », celui qu'il trouve « tout drôle de voir là, au milieu des professionnels du cinéma ». C'est la première fois qu'un César d'honneur est remis à un cinéaste vivant. « Vous savez, répond Godard, la marge c'est ce qui fait tenir les pages ensembles. Je remercie les professionnels de la profession d'avoir jeté à travers moi leur regard sur les amateurs d'ombres et de lumières, dont je fais partie. » Le nom de Godard, au-delà de ses nombreux films, est devenu partout dans le monde synonyme du cinéma lui-même, comme si le 7e art avait installé en son coeur ce regard de la marge que revendique depuis toujours le réalisateur d'A bout de souffle.

Au cours des mêmes années, le nom de Claude Lévi-Strauss est devenu une gloire nationale, un monument pléiadisé de son vivant. Mais, lui aussi a sans cesse revendiqué un « regard éloigné » qui lui a permis de poser un des diagnostics les plus affûtés et les plus subversifs sur notre modernité en berne. Il faut souligner l'excentricité politique et intellectuelle de l'anthropologue : voici un savant-écrivain, mélancolique et tonique, esthète à ses heures, qui invite à repenser les problèmes de l'homme et le sens du progrès.

En ce sens, le rapport qu'entretiennent Godard et Lévi-Strauss à la marge est étrangement proche : c'est depuis elle qu'ils regardent tout deux, d'un oeil certes différent, vers le centre de notre histoire et de notre société. Godard et Lévi-Strauss sont ainsi moins des modernes que de grands contemporains inquiets.

 

Antoine de Baecque, Godard, Grasset, 2010

Emmanuelle Loyer, Claude Lévi-Strauss, Flammarion, 2015 (Prix Femina Essai)


Historien et critique de cinéma, notamment aux Cahiers du cinéma, dont il a été rédacteur en chef (1997-1999), puis à Libération, dont il a dirigé les pages culturelles (2001-2006), Antoine de Baecque est spécialiste de la Nouvelle Vague. Il a publié un certain nombre d'ouvrages de référence à ce sujet : L'histoire-caméra (Gallimard, 2008), La Cinéphilie (Fayard, 2003) et les biographies de Truffaut (Gallimard, 1996), Godard (Grasset, 2010), Rohmer (Stock, 2014).

Antoine de Baecque est membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France et des Rendez-vous de L'histoire de Blois. Il est également enseignent à l'ENS, à Paris.

Ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et de Science Po de Paris, Emmanuelle Loyer est agrégée d'histoire, spécialiste de l'histoire culturelle des sociétés contemporaines.
Elle a publié de nombreux ouvrages : Mai 68 dans le texte (Complexe, 2008), l'Histoire du festival d'Avignon (Gallimard, 2007). Par ailleurs, biographe de Claude Lévi-Strauss, elle a puisé dans les archives personnelles de l'auteur de Tristes tropiques pour nourrir cet ouvrage-référence, Prix Femina Essai en 2015, du père de l'anthropologie structurale.