Stéphane Audeguy et Catherine Viollet

Stéphane Audeguy et Catherine Viollet

14.07.2018

Été des 13 Dimanches

« Eclaircies entre deux nuages »

Les romans de Stéphane Audeguy tournent tous autour de la question de l'irreprésentable : il raconte la vie d'un animal dans Histoire du lion Personne (Le Seuil, 2016), celle des nuages ou de la pluie dans La Théorie des Nuages (Gallimard, 2005), celle du frère inconnu de Jean-Jacques Rousseau dans Fils Unique (Gallimard, 2006) et dernièrement le souvenir de sa mère disparue (Le Seuil, 2017).
Ses romans procèdent très souvent d'un enchâssement des énonciations : la parole est un relais que narrateur et personnages se passent, "Le récit passe comme un nuage de l'un à l'autre. Il s'adapte à chaque destin, le mouille, s'y transforme. Enrichi par tout ce qu'il révèle et traverse". Mais si la parole circule, les personnages ne s'expriment jamais directement et le narrateur conserve son droit de régie. Le roman chez Audeguy se refuse à la parole vive, le dialogue est proscrit et l'écrivain a une prédilection marquée pour les formes indirectes du discours rapporté. De cette structure romanesque paradoxale résulte cette belle monotonie et une douce ironie et qui ne va pas sans humour.

Stéphane Audeguy étudie tout d'abord la littérature anglo-saxonne et obtient l'agrégation de lettres modernes. Attiré par le cinéma, ancien monteur, il collabore à divers courts métrages et enseigne ensuite l?histoire du cinéma et des arts. En 2005, les Editions Gallimard publient avec succès son premier roman, La théorie des nuages. Ce roman inclassable et poétique est récompensé par de nombreux prix, dont le Grand Prix Maurice Genevoix de l'Académie Française.

Artiste majeure du mouvement de la Figuration libre, Catherine Viollet déploie un travail depuis une dizaine d'années autour des cartographies météorologiques livrées quotidiennement par la presse. Entre intérêt scientifique et rêverie romantique, elle développe une fascination pour ces lignes de perturbations atmosphériques (Le pas de temps du modèle), pure abstraction formelle et virtuelle, dessin d'une instabilité et d'un total éphémère, écho des colères du ciel et de la cruauté de ses effets... Parmi ses influences, on retrouve la poétique de la Théorie des Nuages de Stéphane Audeguy : « Les nuages sont formés d'une matière unique qui ne cesse de se transformer, que tout nuage en somme est la métaphore d'un autre »

Catherine Viollet, Le pas de temps du modèle, Atelier Eric Seydoux, 2008

Formée à l'École des Beaux-Arts de Quimper et aux Arts Décoratifs de Nice, Catherine Viollet apparait sur la scène artistique en 1981 lors de l'exposition « Finir en beauté » organisée par le critique d'art Bernard Lamarche-Vadel. Elle sera ensuite associée au mouvement de la Figuration Libre.
Rapidement elle développe une écriture très singulière, puisant dans la sculpture de Maillol et les corps des Indiens d'Amazonie la puissance des formes et l'énergie qui s'en dégage par la naissance d'un geste ample de peinture. Sans viser la représentation précise du modèle, Catherine Viollet cherche un rythme qui s'inscrit à la fois dans l'esquisse du trait et l'énergie de la couleur.