École des filles

Ouverture de juillet à septembre, l'espace d'art de l'École des Filles réunit en Bretagne des auteurs, artistes, personnalités, par des expositions et des rencontres événementielles avec le public.

Été 2009, la galerie Françoise Livinec s'installe dans l'école des filles du Huelgoat, en Bretagne. Construite en 1910, l'école surplombe le chaos granitique de la forêt qui a inspiré poètes et artistes. Aujourd'hui réhabilitée, elle devient un espace d'art.

Ouverture
Du 9 juillet au 11 septembre
Du mercredi au dimanche
de 11h à 19h
« C'est une jolie école, typique de l'époque Jules Ferry, harmonie des bâtiments de granit encadrant une cour de récréation plantée de tilleuls, nostalgie du temps passé qui imprègne ses murs. Ce modèle de construction qui a fleuri dans tout le pays à partir de 1882 témoigne de l'enthousiasme général pour créer ces écoles de la République ; lié à un idéal de progrès, l'enseignement gratuit et obligatoire apporte un véritable bouleversement dans les campagnes où on ne parle pas le français.

Cette « école communale des filles » comme l'annonce fièrement l'inscription gravée sur le fronton, a vu la première génération de petites filles scolarisées, ces petites paysannes renfrognées, modèles intimidés du peintre Paul Sérusier qui affectionne leur gaucherie. Adossée aux bois légendaires elle ressemble à un château enclos dans ses murailles et domine les chaos de rochers comme un écho au camp d'Artus de mémoire millénaire. Huelgoat est un lieu magique, ces « bois du haut » semés de blocs de roches ont attiré peintres et poètes ; Paul Sérusier et Victor Ségalen, en quête de primitivisme, y ont trouvé leur inspiration. Durant les étés 1891-1892 Sérusier séjourne au Huelgoat à l'Hôtel Le Bihan, il travaille à appliquer la leçon de Gauguin en compagnie de ses amis peintres, le hollandais Jan Verkade, le danois Mogens Ballin et le céramiste Rasetti. Ce lieu chargé d'histoire depuis l'exploitation des mines dès l'époque romaine jusqu'aux premiers touristes anglais au XIXème siècle, s'est doucement endormi dans le courant du XX ème siècle. Sa beauté est toujours intacte, il faut réveiller la belle au bois dormant !


Lui redonner vie en l'ouvrant à des artistes de notre temps est dans le droit fil du lieu, Huelgoat peut exercer un attrait sur les plasticiens d'aujourd'hui et cette école abandonnée à la lisière de la forêt est un endroit merveilleux à investir où chacun peut donner libre cours à son imagination. Mais ce n'est pas tout, l'idée est de mêler des peintres des XIXème XXème siècles aux contemporains, de mélanger les époques pour créer une vision transversale, chaque époque renforçant l'autre . Confronter l'histoire et le présent dans le même espace d'exposition, c'est une démarche très actuelle qui offre un éclairage inédit sur des affinités imprévues et provoque bien des surprises. Créer à partir de rien dans un lieu riche de mémoire me fait penser à ma propre expérience quand le musée de Pont-Aven a ouvert en 1985 sans collection, avec des murs, seulement des murs, et le poids d'un passé prestigieux en héritage.

J'ai vécu l'angoisse du démarrage et la poussée d'adrénaline devant les risques à prendre, l'obligation d'être à la hauteur des espoirs, le doute, le scepticisme et l'incrédulité de la plupart des gens mais aussi le soutien indéfectible d'une poignée de personnes motivées et l'ivresse de se lancer dans ce qui semblait une utopie. Cette similitude de situation me fait partager l'émotion de l'aventure du Huelgoat et de son initiatrice Françoise Livinec.

Sérusier a écrit : « je me sens de plus en plus attiré par la Bretagne, ma vraie patrie puisque j'y suis né de l'esprit ». Puisse l'esprit souffler encore aujourd'hui ! »

Catherine Puget, Ancienne conservatrice du Musée de Pont-Aven