Corinne Guého

Mur-Mur

du 6 Février au 28 Février 2026

Galerie 24 Penthievre

Il y a, dans cet espace, une maison qui se répète. Toujours la même, jamais tout à fait identique.

Ici, la maison ne raconte rien. Elle n’abrite aucune scène, aucun corps, aucun récit. Elle se réduit à ce qu’elle est : un symbole. Un seuil. Une présence. Dedans et dehors s’y frôlent sans jamais se rejoindre. La forme est tenue, resserrée, débarrassée de tout ce qui relèverait de l’anecdote ou de l’usage.

Chez Corinne Guého, la maison se dresse dans le volume. Née de ses propres fragments - deux briques d’angle assemblées l’une contre l’autre - elle se referme sur elle-même. Issue de formes et d’outils empruntés au monde du bâtiment, elle conserve quelque chose de leur rigueur première. La forme reste fixe, presque immuable, tandis que la surface devient le lieu d’une transformation lente. Compacte, stable, sans ouverture, la maison agit comme un objet totémique. Une sculpture qui ne se traverse pas, mais qui protège. Une maison réduite à sa fonction la plus archaïque : tenir debout face au monde.

Chaque pièce est unique. La main guide le geste, l’accompagne, accepte ce qui lui échappe. Les cuissons, choisies une à une, introduisent une part d’incertitude : basses températures, raku nu, pit fire, noir carbone, crin de cheval, ou hautes températures pour le grès et la porcelaine. Le feu inscrit ses marques, révèle des noirs profonds et soyeux, des surfaces minérales, des paysages abstraits, des traces issues des échanges entre oxydation et réduction. Par superpositions et strates, la matière se charge du temps, de l’usure, de ce qui affleure puis disparaît.

À force d’être répétée, la maison cesse d’être un motif pour devenir une obsession. Une forme traversée de spiritualité, où le commun touche au sacré. Réduite à l’essentiel, débarrassée de toute narration, elle s’ouvre comme un symbole nu. Une maison sans histoire, mais chargée de transcendance. Une maison qui, dans sa plus grande simplicité, devient lieu de méditation.