Musée privé de Philippe Le Guillou

Matthieu Dorval, René Duvillier, Madeleine Grenier, Loïc Le Groumellec, Kim Tae Ho

Musée privé de Philippe Le Guillou

du 22 Février au 4 Mars 2017

Galerie Penthièvre

Du 21 février au 4 mars 2017, la galerie Françoise Livinec a le plaisir de présenter des oeuvres sélectionnées par Philippe Le Guillou à l'occasion de la publication de son dernier récit Novembre aux éditions Gallimard.


Extrait de Novembre
« Et la mort est arrivée en plein coeur de novembre, avec la tempête, les bourrasques qui dépouillaient les arbres, avec surtout la sauvagerie qui ensanglantait Paris. Dans sa descente vers le trépas, mon père n’aura pas pu mesurer cette barbarie, le déferlement de la violence guerrière qui, au moment où son existence s’achevait, lui aurait rappelé les heures noires de son enfance, les rafles, les assassinats aveugles de supposés résistants, la pluie de bombes, la destruction de Brest.
Comme tous les vieillards qui ont eu une vie paisible, il regardait ces temps avec inquiétude. Il devait songer surtout à ses petits-enfants qui auraient à affronter cette incertitude et cette violence. L’époque de la reconstruction, des Trente Glorieuses, d’une certaine forme de béatitude matérielle, du bonheur étale et généralisé était derrière nous. Une autre guerre commençait, sournoise, imprévisible, sans forces identifiées et repérables.
La mort de mon père en plein mois noir, à la ligne de fracture de ce novembre historique qui dépasse largement cet événement douloureux et intime, correspond avec cette plongée dans des temps et un monde de haute incertitude. Le 13 et le 17 novembre 2015 m’ont touché comme peu de dates et d’événements auparavant. Je me sens à jamais orphelin d’une stabilité, d’une espérance définitivement perdues. »


 


Le mot de l’auteur
« Publier un nouveau livre est toujours un peu vertigineux, surtout lorsque celui-ci appartient au versant des textes intimes. Novembre est l’hommage d’un fils à son père, il s’inscrit dans la belle tradition des tombeaux. Un lieu s’imposait à Paris pour parler de ce texte finistérien, si rempli de l’imaginaire et des sortilèges de la Bretagne: la galerie de Françoise Livinec. Moi qui ai beaucoup écrit sur les peintres et la peinture, je ressens souvent la nécessité, quand je travaille, d’être entouré de toiles ou de reproductions de tableaux. Les artistes, dont l’exposition des oeuvres accompagne la publication de Novembre, font partie de mon musée privé et de mon imaginaire.
J’ai commencé ce livre près d’un ciel de Madeleine Grenier et d’une croix de Loïc Le Groumellec. Il était donc naturel que j’accepte l’invitation de Françoise Livinec et que ces artistes rejoignent Duvillier, Dorval et Kim Tae Ho dans ce qui est presque la présentation de mon univers personnel, des paysages et des figures qui m’inspirent. Novembre, livre âpre, est ainsi enveloppé d’une grâce et d’une lumière qui atténuent sa rudesse, les couleurs et les formes viennent prolonger les mots, les frontières s’estompent ; la Bretagne, ses paysages et ses passeurs resplendissent à Paris, bien loin des confins brumeux, au coeur même d’un lieu de beauté, de fraternité esthétique et d’ancrage dans ce qui est plus fort que la noirceur, le mal et la tempête : la nécessité de rendre grâce et de transmettre. »


Philippe Le Guillou